Beaucoup de gens considèrent le blog comme une simple plate-forme de publication autre que celle d’un grand média. Bien plus que ça, le blog est en réalité une matière vivante. Et comme tout être vivant, chaque blog à ses qualités et souffre aussi de ses travers.

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Image tirée du film Flubber, 1997, avec l’éminent Robin Williams.

Que les rédac’ chefs, journalistes et autres pigistes se rassurent, je ne suis pas en train de dire qu’un blog vaut mieux qu’un média de masse. J’estime simplement qu’il n’a tout simplement rien à voir avec ce dernier et j’ai envie de l’expliquer ici. Voila plusieurs semaines qu’écrire un article sur le blogging de façon positive me turlupine. Après avoir râlé à ce sujet sur mon blog perso, j’avais également l’envie de développer ce que bloguer signifie concrètement pour moi.

Et quand je parle de bloguer, cela vaut bien sûr à titre perso mais aussi à titre professionnel. Et c’est parce que certains blogs pros sont creux alors qu’ils ne le devraient pas que j’ai eu envie de vous livrer ma réflexion sur l’Aetherium plutôt que sur Mi-ours, mi-panda.

Par ailleurs, cet article est une réponse à l’excellent billet, également paru sur Influencia : Le problème des blogs publicitaires. Bien que j’ai trouvé celui-ci pertinent pour quelques blogs, il m’a semblé naturel d’y apporter un complément, qui ne le contredit pas, mais le complète. Je vous invite donc à lire celui-ci avant de poursuivre votre lecture.

C’est bon ? Alors allons-y !

Dans cet article, l’auteur nous livre sa vision des travers que prennent bon nombre de blogs publicitaires après un démarrage souvent qualitatif. Il me semble alors important d’ajuster la définition d’un blog publicitaire : tout blog professionnel avec une récurrence dans sa publication et une présence sur les réseaux sociaux est un blog publicitaire. Le but n’est pas forcément de recevoir des produits ou d’attirer des annonceurs. Cela n’en demeure pas moins un blog qui a pour vocation de favoriser le business en faisant, directement ou indirectement, la promotion des services de l’activité professionnelle derrière lui. L’Aetherium fait donc pleinement parti de ces blogs publicitaires et je l’ai toujours assumé. Je ne saurai parler au nom des autres blogueurs, mais je pense que plusieurs partageront l’avis que je vais développer ici.

L’enfance de mon blog : pourquoi j’ai commencé à bloguer

Au départ, il y a 5-6 ans déjà, je voyais dans le blogging un moyen de montrer qu’il y avait quelqu’un derrière mon site vitrine. Une façon d’humaniser ma présence sur Internet, tout en croyant à l’illusoire effet boule de neige (qui n’existe en fait que pour ceux qui font du contenu en masse avec une qualité approximative). J’ai commencé à prendre confiance en moi et j’y ai vu l’occasion d’asseoir mon expertise en faisant des critiques aussi détaillées qu’acerbes sur certains sujets. Ainsi ai-je eu droit à des petits moments de gloire assez rapidement avec quelques articles qui ont plutôt bien marché malgré le peu de visibilité que j’avais à l’époque. Par exemple à mes débuts, mon article (toujours très lu) sur les entreprises qui cherchent des graphistes bénévoles, ou encore celui sur ma rencontre avec Axelle Lemaire au Ministère de l’Économie.

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“Moi, moi, moi…”

Mon blog était alors devenu pour moi une façon de montrer que “je savais” en tirant à boulet rouge sur ce que je trouvais déconnant. Parfois avec bienveillance et d’autres fois, sans.

Son adolescence : pourquoi j’ai continué à bloguer

Les années passent et ma conception du blogging s’affine. Ne l’oublions pas, le blog découle de la plume de ses auteurs. Si on va au-delà de la définition technique de ce qu’est un blog, alors on peut le considérer comme quelque chose de bien différent des sites de Le Monde et consort. Le blog est quelque chose qui évolue au gré de son ou ses auteurs.

Dans mon cas, mon blog commençait à brasser du monde. J’ai également découvert que d’autres en brassaient plus que moi en produisant du contenu plus souvent, mais peu qualitatif. Je me suis alors laissé croire que de produire du contenu moins souvent qu’eux, mais plus souvent que durant l’enfance, ça pourrait s’avérer payant. La qualité des articles en prenant (seulement) un petit coup au passage. Et cela a fonctionné, durant un temps seulement. Je bloguais à raison de deux articles par mois, jusqu’à atteindre une cadence de deux articles par semaine pendant un an et demi.

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Ou pas.

En même temps que mon blog évoluait, mes vieux articles étaient toujours lus et je recevais régulièrement des critiques assez négatives du ton que j’ai pu employer parfois. Et ça s’est aussi ressenti sur mon activité, puisque j’ai découvert que des boulots m’étaient passés sous le nez à cause du ton de certains billets virulents. Alors, pour reprendre les termes de Clément, j’ai décidé de ne plus critiquer, j’analysais.

Et finalement, j’en ai eu assez d’analyser. J’avais besoin de fraîcheur ! Je me suis alors mis à parler de choses plus simples, plus superflues. Et ça m’a fait du bien durant un temps, en espérant que ça plairait aussi à mes lecteurs. À côté de ma production de contenu, un travail titanesque, je peux le dire, a été fait en matière de design et d’ergonomie. Tout a été pensé, testé, corrigé, re-pensé, re-testé et re-corrigé jusqu’à un point que très peu imaginent. Et tout cela aussi, ça a fonctionné durant un temps. Puis les choses ont commencé à se gâter, ou plutôt, à ne plus bouger. Je voyais des blogs brasser de l’air d’un côté et continuer à grimper, tandis que le mien stagnait sans m’apporter plus alors que j’y avais investi un temps assez monstrueux.

Le passage à l’âge adulte : pourquoi je blogue aujourd’hui

J’estime que depuis quelques mois, mon blog est entré dans l’âge adulte. En fait, c’est arrivé l’été dernier peu après l’ouverture de mon blog personnel, Mi-ours, mi-panda. Sur ce dernier, j’ai pu commencer à écrire sans avoir à me censurer me limiter. J’ai alors pu conserver un ton plus pausé sur l’Aetherium tout en continuant de m’épanouir dans l’écriture. Il faut le savoir : je n’ai jamais reçu de cadeaux ou d’objets promotionnels pour écrire. Pour parler en toute franchise : deux articles m’ont été payés et deux autres sont un partenariat avec Tuto.com. A aucun moment, alors que de plus petits blogs semblent crouler sous les demandes de tests produits, je n’ai jamais reçu quoique ce soit et ça n’en a jamais été le but. Bien entendu, je n’aurai pas dit non ! Mais quand j’écris au sujet des Lego, de Tinysaur, des typographies ou d’un livre qui se sert des ombres : j’en parle parce que ça me fait plaisir d’en parler, parce que curieux de nature et que j’ai trouvé le sujet intéressant en tombant dessus.

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Alors, récapitulons : mon blog professionnel me ramène peu de travail (presque tous mes clients viennent en fait de mon réseau pro) en proportion du temps passé dessus, je ne reçois jamais d’objets de promo, j’ai un noyau de quelques milliers de lecteurs fidèles qui continuent de me lire quelque soit ma fréquence de publication, les blogs qui brassent du vent sont ce qu’ils sont et aujourd’hui j’ai simplement envie d’écrire à titre pro tout en me faisant plaisir… Et bien je crois que c’est ça, en fait, l’âge adulte d’un blog. C’est quand on partage par altruisme sans (trop) attendre en retour. Ca a bien un pouvoir de réassurance sur mes prospects et mon réseau professionnel, mais en dehors de ça je n’ai plus envie de me faire des nœuds au cerveau. Alors, j’écris de moins en moins, de l’ordre d’un article toutes les trois à quatre semaines, mais pour écrire de mieux en mieux. Et je continue de publier de temps en temps des séries de print seulement parce qu’elles me font baver Finalement, l’âge adulte d’un blog professionnel, c’est quand on blogue aussi (mais pas que) pour soi.

Le blog, cette matière vivante

Si le déroulé de ma réflexion a été long, ma conclusion n’en sera que plus belle. Le blog est donc bel et bien une matière vivante, dont le ou les auteurs sont l’âme. Il change et évolue au rythme de vie de ceux qui l’animent. Certains blogs ont des règles, d’autres non, ou justement, voient leurs règles changer en cours de route. Il en va de même pour les contenus puisque certains articles n’ont plus leur place et d’autres méritent d’être ajustés, voir réécris. Le blog n’est donc pas que publicitaire ou marketing. Il a sa “vie perso” lui aussi, celle de ses auteurs qui sont nécessairement influencées par leurs émotions et pour autant, non soumis à cette neutralité dont les journalistes français doivent faire preuve.

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Certains marketeurs et communicants viendront sans doute contredire ma vision idyllique du blogging, qui s’approche peut-être de celle d’un écrivain dont la veste en tweed sentirait la poussière de papier et l’encre de machine à écrire. Je pense au contraire qu’à l’heure où nous sommes sur-connectés, il faut savoir garder un peu de romantisme et mettre de l’âme dans son travail.

Bien des blogs n’ont plus d’âmes et sont des coquilles creuses. D’autres donnent l’impression d’être anorexiques ou sous LSD. Pour ma part, j’espère que viendra la fin des gros blogs à l’âme desséchée telle une vieille catin, au profit de la démultiplication de ces auteurs de blogs qui, comme moi-même mais surtout comme tant d’autres, mettent le même cœur envers leurs lecteurs qu’au moment de boire un café avec un ami.

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Sébastien DROUIN

Sébastien DROUIN

Consultant en communication, designer graphique, blogueur, formateur, chroniqueur radio, catholic veggie, zèbre et râleur joyeux. Mi-ours, mi-panda et re-mi-ours derrière.

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