Cherche graphiste bénévole : va te faire voir, ça ira ?


Quel graphiste n’a jamais eu droit à des demandes douteuses de ce genre ? De voir régulièrement ces annonces de professionnels recherchant un graphiste gratuit commence à me courir sur le haricot. Aussi, je lâche mon bronze et explique pourquoi nous ne pouvons tolérer une telle attitude. Car notre métier, comme tout job qui se respecte, mérite salaire.

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Extrait d’une campagne de sensibilisation de Reporters sans frontières

Le graphiste… Cette créature à mi-chemin entre le professionnel et l’artiste, que les gens ne savent pas trop où caser, pour finalement lui coller quand même l’étiquette « artiste » sur le front. Chez les gens, l’étiquette « artiste » signifie que :

  • Vous êtes un sans le sous qui vit sous les toits
  • Vous faites la manche et dessinez des portraits pour arrondir vos fins de mois
  • Vous vivez d’amour et d’eau fraîche et n’avez pas réellement besoin d’argent

Bref, de gros préjugés. Et le pire, c’est que j’exagère à peine en disant que beaucoup des gens cherchant des graphistes gratuits ont cette vision de la profession. Cela signifie donc pour nous :

  • Qu’ils ne connaissent rien à l’art
  • Qu’ils ne connaissent rien au graphisme

Aussi, avant de rentrer dans le vif du sujet, voici une brève définition, qui leur est destinée, de ce qu’est le métier de graphiste (à mon humble avis) :
Le graphiste est polyvalent dans ses compétences. Il a des aptitudes graphiques, éventuellement artistiques, d’analyse et de technique (tant au crayon qu’à la souris). Il est capable de trouver le juste équilibre entre ce dont le client à besoin et ce dont il a envie. La sensibilité artistique du graphiste n’est là que pour accompagner, voir relever, cet équilibre en fonction de la situation.

Cette définition étant faite, revenons à nos moutons : les demandeurs de graphistes gratuits. Généralement, le négrier (personne qui se livre à l’esclavagisme), tente désespérément de vous faire croire qu’il s’agit d’une bonne affaire pour vous, mais il n’en est rien :

« En échange, je te ferai de la pub et tu pourras mettre ton nom sur les créations »

Et ensuite ? Légalement, nous sommes de toutes façons obligés de mettre notre nom ou celui de notre entreprise (à défaut, celui de l’imprimeur). Quand à ta pub, elle a la même valeur que l’encart n°18/100 d’un catalogue récapitulatif des sponsors d’une course de motos locale : aucune. Au passage, tu m’offre une voiture de ta concession ? En échange, tu auras droit d’y mettre un autocollant avec ton téléphone, et je te ferai de la pub, promis.

« Ca vous fera des choses à ajouter dans votre book »

Primo, tu sais même pas ce qu’est réellement un book mon coco. Secondo, heureusement qu’on attend pas nos premiers contrats pour nous faire un book nous permettant de justifier nos compétences. Alors quand on a quelques années de bagages… Hey ! Tu m’installe une salle de bain toute neuve gratos ? Tu pourras toujours dire que tu as fait une installation chez un super graphiste !

« On vous paye si le résultat nous plaît »

Super garantie… La coupe de cheveux, tu comprendras hein, mais je la paye que si ça me plaît… Tiens, hier soir, je suis allez au resto. Dégueulasse : j’ai pas payé. En fait si, c’était super bon, mais faut pas le dire hein : ça m’a fait gagner 200 euros.
Se tirer une balle dans le pied...

« Je ne comprends pas… On a toujours fonctionné comme ça avec vos confrères par le passé ! »

Ou c’étaient des pigeons. Ou il ment. Ni plus. Ni moins. Pour ma part, à cette dernière excuse, je réponds systématiquement : « Très bien, dans ce cas continuez à travailler avec ces personnes, ça ne m’intéresse pas, je ne travaille pas comme ça ». L’image ci-contre illustre bien ce qu’est le travail gratuit dans le cas présent : c’est se tirer une balle dans le pied.

Attention, il existe un autre piège qu’on l’ont peut assimiler à du travail gratuit :

« Participez à un concours de graphisme pour créer notre logo »

Évidement, seul celui retenu sera rémunéré, les autres finiront aux oubliettes. D’une, aucune réelle garantie d’être rémunéré. De deux, aucune garantie que votre travail ne sera pas réutilisé ou détourné dans un autre but. Dans un cas comme dans l’autre,vous l’avez dans l’os.

A nos clients et à ceux qui nous prennent pour des buses : Ne vous méprenez pas, le graphisme est un vrai métier qui demande du temps de recherche, de réflexion, de création et de réalisation. La plus petite commande peut vite prendre de nombreuses heures en fonctions de ce que vous souhaitez. Le format et la quantité importe peu, le processus créatif reste le même. De plus, demander un graphiste gratuit, c’est aussi pour vous n’avoir aucune garantie du rendu et de la qualité : vous en aurez pour votre argent, donc, pas grand chose.

A nos chers confrères débutants ou en manque de notoriété : Ne tombez pas dans la facilité du gratuiste (graphisme + gratuit) pour gonfler votre book ou espérer de la pub. Ca ne vous rapportera rien. Pour ma part, les jobs gratuits que j’accepte sont à but associatifs et citoyens uniquement. Si vous vous sentez attiré par un projet particulier, souhaitez aider un ami, ou qu’une réelle opportunité s’offre à vous et réclame un sacrifice de temps au début, foncez ! Mais n’accepter pas du travail d’un parfait inconnu sans aucune garantie derrière. En acceptant de travailler pour rien, vous dévalorisez votre travail, ainsi que celui de vos confrères face à la demande. De plus, en terme de travail non rémunéré, vous aurez bien assez à faire avec les faire-part de naissances, de baptêmes et de mariages de la famille…

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Sébastien DROUIN

Consultant en communication, designer graphique, blogueur, chroniqueur radio RCF 22, catholic veggie, vice-président communication des Jeunes Démocrates et râleur positif. Mi-ours, mi-panda et re-mi-ours derrière.

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