Mon entretien du 21 Juillet avec la secrétaire d’État chargée du Numérique

Fin Mai, j’ai exprimé très ouvertement ma frustration suite aux propos tenus par Axelle Lemaire au sujet du crowdsourcing. Suite à ma lettre ouverte, j’ai reçu une invitation afin de participer à la rencontre qui se tiendra à Bercy le 21 Juillet, en compagnie d’autres confrères.

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Ministère de l’Économie, du Redressement Productif et du Numérique

La défense de la profession et mon côté engagé ne datent pas d’hier. Mes parents m’ont toujours appris à dire ce que je pense. Parfois je le dis peut-être un peu fort Mais cette fois, ça a eu le mérite de faire son effet puisque suite à ma lettre ouverte (que j’ai envoyé également par voie postale aux intéressés), j’ai reçu une invitation à participer à la rencontre qui se tiendra à Bercy ce Lundi 21 Juillet, au Ministère de l’Économie, du Redressement Productif et du Numérique.

Cette rencontre a été proposée par le cabinet d’Axelle Lemaire suite à la grogne qu’a provoqué les propos de celle-ci. De nombreux créatifs avaient alors eux aussi manifesté leur colère, et la dite colère fut ensuite relayée par des médias nationaux.

Bien qu’ayant écrit cette lettre à titre personnelle, c’est aussi en représentant de l’association que nous mettons en place avec plusieurs consœurs et confrères que je m’y rends.

J’aurai, par la même occasion, le plaisir de rencontrer plusieurs confrères que je connais uniquement sur la toile car nous sommes onze à avoir répondu présent : l’estimé confrère Geoffrey Dorne, sept membres de la communauté Kob One, ainsi que deux membres de l’Alliance Française des Designers.

Au cours de cette rencontre, les membres de la communauté Kob One remettront à Axelle Lemaire près de 6500 signatures recueillies par le biais d’une pétition contre les dérives du crowdsourcing. De notre côté, nous lui remettrons un rapport contenant les différents articles de lois remettant en cause les pratiques dénoncées ainsi que quelques annexes. Nous profiterons de cet échange pour lui exposer notre vision du problème et lui poser, si elle veut bien y répondre, de nombreuses questions. Dans un premier temps, nous espérons aboutir à des pistes de solutions et surtout à ce que ce genre de pratique ne soit plus encouragées.

Je ferai un retour sur cette rencontre par un édit de cet article, aussi n’hésitez pas à revenir sur cette page. J’en parlerai aussi lors de notre prochaine session live sur Google Hangout, le 22 Juillet à 21h00, concernant la défense de la profession. D’ici là, je vous souhaite à toutes et à tous un excellent week-end !

Édit du 22 Juillet : Retour sur la rencontre

Il y a tant à dire sur le sujet que j’ai du mal à trouver les mots et savoir par où commencer. Tout d’abord, je précise qu’il s’agit là de ce que j’ai retenu de la réunion. Etant parti pris dans cette histoire, et n’ayant pas de devoir de neutralité quel qu’il soit, je tiens à dire qu’il ne s’agit là que de ma perception de la rencontre. Pour commencer, un point sur les membres du cabinet d’Axelle Lemaire qui étaient présents :

Axelle Lemaire, Secrétaire d’État chargée du Numérique
Denis Tersen, Directeur de cabinet
Emmanuelle Ledoux, cheffe de cabinet
Nicolas Le Roux, Conseiller
Émile Josselin, Conseiller

Résumé de la réunion
Au moment de l’accueil d’Axelle Lemaire (que j’abrégerai A.L. le reste du résumé), celle-ci a d’abord regretté l’absence de parité. En effet, nous étions presque uniquement des hommes (en dehors de la représentante de l’AFD) parmi les professionnels ayant pu répondre favorablement à l’invitation. Nous lui avons expliqué que ce n’était pas représentatif de la profession, qui est aussi composée de beaucoup de femmes.
A.L. nous a fait ensuite une introduction et détaillé son ressenti sur la façon dont elle a vécu les évènements et les réactions liés à son passage chez Creads.
Elle a relu quelques passages de ceux qui l’ont quelque peu taillé au travers de leurs différentes lettres ouvertes respectives (dont Bibi, qui assume d’avoir réagit à chaud) et expliqué qu’elle avait trouvé ces propos agressifs (dans mon cas, c’était mon but afin de l’interpeller). L’espace d’un instant, nous avons eu l’impression qu’on allait se prendre un savon dès le début… Ce ne fut finalement pas le cas

Pour expliquer ce qui s’est passé avec Creads, A.L. nous a expliqué que ce jour là elle visitait plusieurs start-up en accordant 20-25 minutes à chacune. Elle ne s’était alors pas renseigné sur le business model de nos chers profiteurs. Elle s’était plutôt occupé des emplois générés grâce au développement de l’entreprise sans savoir de quoi il en retournait derrière. Se « battant pour faire vivre l’immatériel », elle a donc souhaité souligner et mettre en avant le taux d’embauche, l’une des principales préoccupation du gouvernement. A.L. nous a expliqué alors que sa visite a été « instrumentalisée par Creads » et il semble qu’elle n’ait pas spécialement apprécié. Pour autant, elle considère qu’il n’y a pas lieu de faire marche arrière par rapport à ce qu’elle a dit.

A.L. nous a ensuite invité à nous présenter chacun notre tour :

  • Ruedi Baur
  • Jean-Louis Fréchin
  • Geoffrey Dorne (Lire son résumé de la rencontre)
  • Sébastien Drouin
  • Sébastien Verdevoye
  • Julien Clément (Lire son résumé de la rencontre)
  • Julien Moya
  • Julien Dubedout
  • Baptiste Fluzin
  • Philippe Gélas (Lire son résumé de la rencontre)
  • Guillaume Belin de Chantemelle
  • Arnault Garcia
  • Marie-Noëlle Bayard
  • Au cours de ces présentations individuelles, plusieurs personnes ont exprimé leurs avis et parlé des actions qu’ils avaient déjà effectué. Je retiens particulièrement (sans savoir comment le prendre) une phrase employée par Jean-Louis Fréchin : « De toute façon, la France n’est pas un pays de graphistes. Quand on aura compris ça… »

    A.L. a également trouvé dommage que nous ne soyons pas unis dans notre profession, et que l’Alliance Française des Designers ne disposent pas de plus de membres. Le sujet a alors très rapidement dévié sur « pourquoi vous n’êtes pas à l’AFD », et de la part de l’AFD « si vous étiez plus nombreux à adhérer, nous pourrions faire plus de choses ». Ce à quoi Julien Moya puis moi-même avons clairement expliqué que nous ne nous retrouvons pas dans l’AFD et que ce n’est pas le sujet du jour. Je profite par ailleurs de l’occasion pour dire à l’AFD que l’asso sans accroc ou l’équipe de Kob One n’ont pas attendu d’être 1700 volontaires pour avancer. Cette rencontre, les rapports fournis et ce qui s’est dit tout au long de la réunion en sont les preuves. Donc si des synergies entre nous sont sans nul doute possibles, l’AFD n’a pas le droit de reprocher aux designers et créatifs de ne pas se retrouver dans la façon elle mène le combat. Je ne lance pas la pierre sur le travail effectué par l’AFD, mais sur le fait de se plaindre devant une Secrétaire d’État. Ceci étant dit, poursuivons.

    A.L. s’est renseignée sur le droit applicable face aux différents articles de lois que nous pensons être enfreints par les sociétés de crowdsourcing (Précisons qu’un avis juridique n’est pas un jugement, et que celui-ci est souvent en accord avec le discours de la personnalité politique qui le demande). En ce qui concerne le travail dissimulé, il n’y a pas lien de subordination puisqu’il n’y a pas non plus paiement et que le dit lien n’est pas permanent (?). Pour autant, A.L. ne semblait pas comprendre quand Julien Dubedout a donné pour exemple le fait de lui-même « embaucher gratuitement » des gens. Pourquoi cela serait valable pour les entreprises de crowdsourcing et non pour nous ? Je n’ai pas identifié de réponse claire.
    Concernant la propriété intellectuelle, il semblerait qu’il n’y ai pas d’angles d’attaque non plus. Enfin, au sujet des prix abusivement bas, certaines plateformes pourraient hypothétiquement être attaquables sur ce point. Arnault Garcia a soutenu les propos d’A.L. en expliquant que l’AFD a déjà passé au crible les contrats fait par les plateformes de crowdsourcing sans pour autant avoir trouver quelque chose à redire.
    Ce a quoi elle a ajouté qu’elle comprenait tout à fait nos revendications, que celles-ci étaient légitimes mais qu’elles pouvaient être nuisibles pour le développement du design en France face à la scène internationale. Un discours qui se tient si on est libéraliste, ce qui n’est pas mon cas. Ruedi Baur est intervenu sur ce point (et à plusieurs reprises) en expliquant à tous les présents qu’il fallait que nous axions sur la qualité. Axer sur la qualité, en faire la promotion et la mettre en avant dans l’importance d’une bonne communication, c’est indirectement nuire aux entreprises de crowdsourcing. Je suis totalement d’accord avec ça, j’en avais d’ailleurs discuté rapidement avec Geoffrey Dorne dans l’après-midi autour d’un café.

    Plusieurs d’entre-nous ont expliqué aussi que l’on ne pouvait laisser ces entreprises rémunérer des étudiants et des amateurs sans qu’ils ne disposent d’un statut légal. Imposer aux entreprises de crowdsourcing de ne faire participer que des créatifs déclarés sous un statut permettrait de réduire le nombre de participants. Ceux-i prendraient alors conscience du problème dès qu’ils commenceraient à payer des charges, ce qui les amèneraient normalement à cesser de travailler à perte.
    A.L. nous a répondu que si un on impose ce genre de mesures alors les entreprises étrangères pourraient ne plus êtres intéressées par la France en matière de design. Nous lui avons clairement expliqué que l’idée de demander du travail gratuitement et payer seulement si ça plaît était un phénomène de plus en plus courant auquel nous sommes confrontés. Par ailleurs, nous ne serions pas pénalisés par l’absence d’entreprises de crowdsourcing en France, celles-ci ne payant déjà pas leurs participants. Énormément de graphistes touchent des entreprises locales en direct qui ne vont pas à l’étranger pour chercher un prestataire.
    Je me permets d’ajouter que si des entreprises étrangères touchaient un public de « créatifs » français mais avec des clients étrangers, alors ça laisserait plus de clientèle du territoire pour les professionnels souhaitant travailler uniquement de façon régionale ou nationale…

    Ruedi Baur et A.L., qui là se faisait l’avocat du diable pour pousser la réflexion, avaient ensuite à dire qu’imposer un statuts aux créatifs de ces plateformes serait comme valider le crowdsourcing en France et Ruedi Baur a ramené le sujet de la qualité (il a raison sur ce point à mon goût) dans la conversation. Tandis qu’A.L. disait ne pas imaginer le crowdsourcing s’étendre à d’autres concepts, Julien Clément et Julien Dubedout lui ont présenté l’exemple de Volvic, qui a utilisé le crowdsourcing pour le design de sa nouvelle bouteille. Guillaume Belin de Chantemelle est alors intervenu en donnant l’exemple d’un modèle d’automobile pour lequel on a aussi utilisé ce procédé. A notre grande surprise, Jean-Louis Fréchin a démarré au quart de tour et a commencé à insinuer que Guillaume Belin de Chantemelle mentait et que Julien Clément et Julien Dubedout faisaient insulte à leur intelligence (ce n’était pas formulé de cette façon, mais c’est comme ça que je l’ai compris). Jean-Louis Fréchin considère, je cite, « qu’on ne peut pas se battre contre un problème qui n’a pas de solutions ». Mon sentiment est qu’il ne se sent absolument pas concerné par ce problème. Il est d’ailleurs convaincu que le crowdsourcing se résorbera de lui-même d’ici deux ans, ce sur quoi aucun d’entre-nous ne semblait du même avis que lui.

    Pour parler des choses positives quand même, le CNAP (Centre National des Arts Plastiques) travaille actuellement avec les services de la Ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, à la réalisation d’un guide pratique à l’intention des graphistes, et d’un autre guide pratique, au sujet de la commande des marchés publics, à l’intention des institutions. Deux éléments important pour l’image de notre métier. Les présents seront aussi consultés et invités à participer à d’autres échanges, et à une rencontre qui aurait lieu en Septembre, pour réfléchir sur les mesures à prendre afin d’intégrer le mieux possible le design au sein du numérique.
    Egalement, l’AFD a fait savoir qu’elle aimerait que l’on puisse obtenir le label européen sur la qualité du design, à la façon dont en dispose les architectes d’intérieur.

    Ce ne sont là que les grandes lignes de la réunion, chacun est intervenu a différents moments sur les nombreux points abordés. J’invite toutefois mes confrères présents à corriger/compléter en commentaires, ou même à me transmettre les liens de leur résumés pour les afficher dans l’article. Par la suite, certains d’entre nous se sont retrouvés dans un troquet proche du Ministère histoire de débriefer et de se reposer de cette réunion qui aura durée 2h15

    Au delà des divergences d’opinions, et des quelques hausses de ton dont je vous passerai les détails, j’ai beaucoup apprécié cette réunion. La chose à retenir : le dialogue est établi ! Et même si nous ne sommes pas d’accords sur tout, c’est une chance qui fut longtemps inespérée que de pouvoir échanger librement sur nos ressentis et nos points de vue avec des représentants du gouvernement. Je remercie une fois de plus Axelle Lemaire et son équipe pour nous avoir reçu et écouté.

    Ah, et pour finir, en me rendant à ma voiture, j’ai trouvé le moyen de me perdre dans les sous-sols du ministère, toutes portes fermées, et j’ai mis dix bonnes minutes pour en retrouver la sortie et rejoindre ma voiture. Petit coup de flip. Ca, c’était pour l’anecdote rigolote

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    Sébastien DROUIN

    Consultant en communication, blogueur et designer graphique. Com' Jeunes Démocrates et chroniqueur RCF 22. Catholic veggie. Mi-ours, mi-panda et re-mi-ours derrière.

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    26 commentaires
    1. Merci Sébastien pour ce premier résumé.

    2. Aurélie B. dit :

      Merci pour ce résumé, et je compatis pour ta perte dans le parking ahah, c’est toujours l’enfer, la dedans, j’ai hâte d’être ce soir pour avoir la vision de tous en direct

      Passe une belle soirée

    3. etageneuf dit :

      A la lecture de ce résumé, je suis pour ma part partagé … Notez au préalable que je travaille, en qualité d’administrateur d’une organisation de représentation d’indépendants depuis un moment sur cette problématique.

      Je suis pleine ligne sur le fléau que représente les nombreux abus constatés, qui dépasse les seuls professions du graphisme … Et il faudra bien que cela cesse. J’ai pour ma part pisté des architectes, des photographes, des dessinateurs technique, des artistes peintres etc. dont la complainte sur ce point n’est pas entendue. J’ai entendu des professions d’auxilliaires de santé (encore rare, heureusement) face à qui qui quelques uns débutent la discussion par un laconique « si ca marche, vous serez payés ».

      Mais je suis à chaque fois ébahi de constater qu’on se retrouve dans ces discussions au coté de professionnels qui constatent que d’autres secteurs usent du crowdsourcing (qui pour le design d’une bouteille qui pour la communication d’une voiture dans cet article) … pour conclure que tout cela se tassera dans les deux ans, ou qu’une exigence de qualité (la leur bien sûr) mettra un point final à ces exactions dans un avenir très proche… mais se targuent de mettre fin à cette situation pour ce qui les concerne … seulement.

      Le phénomène crowdsourcing n’est pas un épiphénomène … Sa survenance contamine jusqu’à nos clients, qui de bugne à bugne osent de plus en plus entreprendre de voir un résultat avant de décider de contracter …

      Edifiant …

      Réaction en préparation.

      • etageneuf dit :

        * réaction à vos cotés, dans cette affaire … Je ne l’ai pas précisé, mais c’est évident …

      • Merci de ton retour sur ce sujet etageneuf

      • Paul Soldermann dit :

        Merci, voilà un avis qui me conforte dans l’idée que si nous ne luttons pas contre ces « business model », il vont proliférer et se généraliser à toutes les professions… Et à l’étranger des professions telles que photographes, graphistes, juristes, etc… commencent à réagir aussi assez fermement.
        Ces boites de concours bidons/travail gratuit sont la promesse que d’autres leur emboiteront le pas si on ne réagit pas.

    4. Sébastien V dit :

      bon article
      A bientôt ++

    5. Chris dit :

      Merci Seb pour se résumé. Il complète parfaitement celui de Geoffrey Dorme. J’espère vraiment que cela fera changer les mentalités. Et comme lors d’une discussion que l’on a eu il y a plusieurs mois (sur twitter je crois :)), tu peux compter sur moi. J’ignorai que ton asso allez voir le jour prochainement. Quand cela sera possible, envoi-moi un bulletin d’inscription.

      Bon courage et bravo

    6. Baron dit :

      Merci pour ce compte rendu, ça éclaire encore un peu mieux la teneur des échanges, en complément des autres retours des présents. Pour ma part je suis persuadé que cette rencontre, et la mobilisation qui en est à l’origine, c’est le début d’une vraie structuration de nos métiers. Que du positif à retirer de tout ça.

    7. Merci pour ce compte-rendu, très intéressant ! Hâte de voir à quoi tout ceci va aboutir.

    8. coquelicom dit :

      C’est cool de partager vos retours.
      Je trouverai encore plus intéressant de fédérer d’autres métiers concernés…
      Le positionnement de l’AFD n’est clair sur aucun de vos résumés, je ne comprends pas quel est le soucis, et comment il n’est pas possible de faire quelque chose avec cette agence qui représente quelques designers en France… L’union fait la force…
      La diversité est importante et ce n’est pas gênant d’avoir des avis qui divergent… L’important c’est de pouvoir communiquer et il semble que le défit à été relevé

      C’est marrant j’ai eu cette réflexion aussi sur la parité… je suis contente qu’elle l’ai soulevé! (pour autant je suis contre les quotas, et si c’est des mecs qui se sont bougés hein! Et puis c’est quand même son cabinet qu’a lancé les invitations et n’a pas invité de femmes héhéhé ils sont drôles ces politiques).

      La qualité est quelque chose de subjectif, et pourtant c’est ce qui fait la différence, ce ne sont pas du tout les mêmes prestations, pour autant c’est bien plus compliqué à faire comprendre que soulever le problème du travail gratuit.
      Je me demande tout de même si ce n’est pas une manière de se dédouaner leur réponse, c’est vrai quoi en quoi l’état ne peut pas agir? L’inspection du travail n’est pas consultable à ce sujet?

      Et pour finir, je me demande si cette madame Lemaire est bien de gauche…
      Cette vision mondialiste… Dans lequel on finira par se noyer…
      Dans quasi tous les domaines on relocalise, et le design serait un monde à part qui devrait servir le monde entier…
      On se dois de plier à l’offre mondiale, sans se positionner, sans réfléchir, sans même défendre le fait que c’est un non sens et anormal que des gens travaillent gratuitement.
      J’ai l’impression d’assister à la défense d’un modèle passé, celui qui a pourri toute l’économie, et vers lequel on nous force a regarder.
      Je comprend finalement que face à tout ça, l’éthique, le droit du travail, le bon sens, la défense de la qualité sont peu de chose…
      Faites entrer les capitaux, le monde, privilégiez le globale et aux chiottes le reste.

      Bon scusez moi je suis un peu longue, mais c’est triste à lire finalement …
      Si nos propres politiques sont esclaves du monde, je me demande comment ils vont nous sauver de la noyade…

      Glou …glou…glou…glouuuuuuuu

      • On se comprend Merci de ton avis !

      • Régis EDART dit :

        Chère Enora

        Ce serait un peu désagréable de ma part de te répondre « bienvenue dans le monde réel » mais quand tu dis « J’ai l’impression d’assister à la défense d’un modèle passé, celui qui a pourri toute l’économie, et vers lequel on nous force a regarder. Je comprend finalement que face à tout ça, l’éthique, le droit du travail, le bon sens, la défense de la qualité sont peu de chose… Faites entrer les capitaux, le monde, privilégiez le global et aux chiottes le reste. » Ben oui, c’est ça la social – démocratie qui tient lieu de « gauche de gouvernement » ou « gauche responsable », quelque chose qui n’a plus grand chose à voir avec le socialisme de Jaurès, mais qui veut encore s’en donner l’image.
        A défaut de talent artistique, j’ai aussi été intermittent technicien du spectacle. Je connais bien le problème : 2 piges payées par l’employeur, la 3e par l’assurance chômage, c’est ça ou la liste noire. Et que dire des grosses boites de prod audiovisuelle qui vendent des prime-time aux grands networks et engagent même la standardiste à la pige de « technicienne audiovisuelle » pour réduire les coûts au détriment de l’assurance chômage ?
        Oui, le travail gratuit se généralise, celui des stagiaires, des intermittents, des graphistes, des designers… Sous la menace du chômage intégral, les gens acceptent la précarité. C’est humain.
        Ce qui fait mal dans ces débats, c’est, comme tu le dis, le manque d’unité des personnes concernées, comme des salariés maltraités. La trouille et les débats de chapelle l’emportent malheureusement sur la mobilisation.

        Bises

        Régis

      • le Mignon dit :

        Je sais que je donne parfois l’impression d’ouvrir les yeux, mais pour voir de quelle manière ça bouge dans pleins de domaines je crois qu’il faut quand même signaler l’obsolescence programmée de cette vision archaïque de l’économie…
        Et bien entendu il y a des ponts, entre ce que vivent les intermittents, les photographes, les graphistes, architectes etc…
        C’est un peu comme les journalistes qui se réveillent aujourd’hui pour dire que ce qu’il se passe a Gaza c’est horrible… Ha ben oui les mecs mais ça fait un moment que ça dure que c’est injuste et horrible…

        Je veux pas dire par là qu’il faut se replier sur notre petite France, non. Je ne dis pas qu’il faut ignorer ce qui se passe à l’international… Mais la peur n’a jamais été une force dans un combat, la soumission non plus… les libertés se gagnent, les égalités aussi, pas en baissant son futal et en servant des intérêts qui ne sont pas les notres…
        Connaitre les réalités oui. En tenir compte, oui.
        La créativité peut aussi être source d’innovation au sein même des gourvernements, plutôt qu’aller sucer des cailloux, parce que c’est comme ça la mondialisation.

         » et je suce des cailloux….
        le feu ça brûle…
        et l’eau ça mouille…
        tous les oiseaux volent dans le ciel »

        Bref, régis… On est tous dans la même merde et on est les seuls à pouvoir quelque chose pour nous, car il semble que nos élus ne soient pas sur les même problématiques… Ce sont les élus de la mondialisation…

    9. tartiflex dit :

      l’axe de réflexion sur la qualité est très intéressante, mais tellement subjective ! la notion de qualité dépend trop des goûts du client qui n’a pas forcement de culture graphique ou est définie par ce qu’il voit, ce qui est à la mode. Il n’y a pas de « graphisme de qualité », il n’y a que des tendances.

      • Merci de ton avis Si la qualité vue par les clients est en effet très floues, le design graphique obéit à des tendances (effectivement) mais aussi à des règles que seul un designer graphiste professionnel sait appliquer. Je pense que c’est dans ce sens là qu’il faut pousser la réflexion : Sur notre capacité à fournir un travail de qualité, et expliquer au client en quoi notre travail se différencie de celui d’un graphiste amateur.

      • le Mignon dit :

        Je ne sais pas quel est ton métier, mais celle là c’est la première fois que je l’entends
        Soit c’est du troll, soit c’est quelqu’un qui ne connait pas le métier du tout…
        Une tendance ne veut rien dire, car le design graphique, pour un logo par exemple, c’est un client, un positionnement, un concept, une clientèle cible, un ton et tu ne vois nul part écrit tendance dans ce que j’évoque. Tu créee une identité qui colle au client…
        Après t’as des demandes « je veux du vintage » ok, tu peux le faire, mais le travail est différents…
        Tu as plusieurs façons de travailler quand tu es graphiste, mais cette histoire de tendance de mon point de vue c’est pour celui qui ne sait pas offrir à son client ce qu’il mérite (enfin s’il a le budget et le souhaite de se lancer dans ce travail) : une identité visuelle sur mesure qui lui ressemble…

      • Nous sommes bien d’accord

      • tartiflex dit :

        Limiter le design à la création d’une identité visuelle est un peu réducteur mais soit. Je n’ai aucune prétention, je fais ce que je peux avec les moyens que j’ai, et ma foi je ne m’en sort pas trop mal, ne t’en déplaise. mais là n’est pas la question. La question ce’st plutôt : que réponds-tu à ce client peu fortuné qui voudrait un mix entre tes 3 propositions ?

      • le Mignon dit :

        J’ai dis « par exemple », parce que c’est celui que je connais le mieux…
        Alors figure toi, que j’ai un prix spécial pour les créateurs d’entreprise, et que je ne baisse pas la qualité de ce que je fais mais mon prix jour, uniquement sur la première année.
        Donc je fais exactement ce que j’ai décris là haut, mais à partir de 750€ pour 3 jours de travail…Et moi avec 3 jours de boulot, je peux créer quelque chose qui colle à l’identité du client peu fortuné, Je ne suis pas obligé de coller à la tendance…
        Bien entendu si tu me parle de budget a 200 € en fait je ne fais pas de logo à ce prix là, car j’estime que c’est pas un logo que je vais vendre, mais un signe visuel…
        Tu sais c’est notre temps qu’on vend, donc avec une demi journée de travail ce que je ferais moi, ça sera toujours mieux qu’un amateur en 3 jours… Mais je t »avoue que j’ai toujours refusé de descendre en dessous de mon prix plancher. Je vends de la qualité, je vois la com visuelle comme un investissement pour une entreprise, et je m’attelle a faire en sorte que ce soit le plus rentable pour mon client. Je vais lui faire gagner de l’argent tout de même.

        je n’ai pas jugé la qualité de ton travail, je ne te connais pas, je t’explique juste que ce raisonnement que tu as je ne l’ai jamais entendu chez des pros dignes de ce nom et qu’il ne faut pas connaitre le métier pour sortir des arguements pareils, ou en tout cas ne pas l’aimer beaucoup…
        c’est un job difficile, pour le moment je tiens le coup sur mes positions, mais qui sait, dans un an je vendrais ptet du logo a 200€ (bon je pense pas mais ne jamais dire jamais). En réalité j’aime tellement mon métier que je préfèrerais faire autre chose plutot que le faire mal par manque de moyens…

        Sinon moi j’aime beaucoup la tartiflette…

      • tartiflex dit :

        On est quand même d’accord que le client à ses propres goût ? Ses propres exigences ? Qu’on aura beau argumenter autant qu’on voudra, si il veut du vert fluo pour sa marque de cosmétique parce qu’il adoooore le disco, à un moment donné il va bien falloir s’y filer, non ? résultat : le client est bien content avec son logo de merde, et toi tu prends la tune parce qu’il faut bien bouffer. 1 seul logo , 2 visions différentes de la qualité. Effectivement, peut-être n’aurais-je pas assez argumenté le fait que le vert fluo ça fait un tout petit peu radioactif, mais j’ai beau ne pas avoir l’air d’un professionnel, j’ai bouffé de la vache enragée, et j’ai bien compris que parfois, ce que client veut, client obtient.

      • Si un client veut du vert fluo parce qu’il adore le disco, et qu’il ne veut rien entendre, je lui explique que jamais un restaurant n’acceptera de lui servir du ketchup avec son foi gras. Faire plaisir au client sans se soucier du reste, c’est comme si le cuisinier faisait à manger pour que ça plaise au serveur

        Quand je donne ces deux exemples là, le client commence alors à m’écouter. Et si jamais je tombais sur un con qui refuse d’entendre quoique ce soit, ce qui n’est jamais arrivé, alors je lui dirai d’aller voir un autre confrère. Ce que je produit, ce logo, c’est aussi mon image, ma crédibilité en tant que professionnel. Et en plus ton client sera content, parce que il aura quand même participé, tu auras su capter ce qui lui plaît et ce dont il a besoin, tu aura su lui apporter une prestation de qualité. Et même s’il faut bien remplir le frigo, ce n’est pas en faisant de l’exécution à la chaîne que ça te rends crédible. Savoir dire « non » est aussi une marque de crédibilité, car tu donnes ton expertise et la plupart des clients le voient. Et quand on est crédible parce qu’on sait dire « non », alors les clients ont une autre estime de nous, une autre reconnaissance, et nous cooptent plus facilement

        Maintenant, si un mec est réellement fan de fast-food, alors il va pas au resto. Il va au Mac Do.

      • le Mignon dit :

        Tartiflex, dans un cas tu es un exécutant… Tu fais ce que te demande ton client.
        En ce qui me concerne je lui explique qu’il me paye pour que justement je lui apporte ce qu’il ne sait pas faire…

        Et c’est toi qui fait le choix (pour bouffer, que je peux comprendre, moi j’ai pas d’enfants a nourrir, pas de crédit sur le dos, donc je me donne ce droit qui est peut etre un luxe de ne pas répondre à ce genre de demandes)…
        Le clients n’est pas un directeur de création, n’est pas un Da, ni un graphiste, ce n’est pas son métier, c’est moi qui tient les rennes et lui fournis la presta pour laquelle il me paye…

        Ces demandes dont tu parles je n’en ai quasiment jamais… J’y ai répondu il y a peu, mais la marque avait déjà une charte, la cliente savait ce qu’elle voulait, c’était très cohérent et je me suis dit que je devais faire le tri sur ce type de demandes : le jusitifées et les farfelues.

        De plus ces demandes basées sur du subjectif et le gout du client, sans étude de marché ou d’analyse et de DA, c’est le meilleur moyen d’aller au casse pipe! Tu ne peux pas argumenter tes choix graphiques, puisque ce sont ceux de ton client… Et là ça peut durer et encore durer ces prestas…

        Sinon en cas d’exé, si c’est ce que le client veut, je lui demande un modèle précis…

        Désolée je ne sais pas être semi-graphiste créa et exé…

      • tartiflex dit :

        je suis tout à fait d’accord, et je crois que c’est à ce genre de client peu enclin au débat que s’adressent ces plateformes de crowdsourcing. C’est pour cela que j’estime que l’argument « design de qualité » est insuffisant, puisque le client à lui-même sa propre idée de la qualité même si elle ne correspond en aucun cas à la réalité du métier ! Il va de soit qu’un client qui est déjà sensibilisé à ce que représente l’expertise d’un designer mettra les moyens et l’ouverture d’esprit nécessaires à l’accomplissement du projet qui lui tient à coeur. C’est là où je veux en venir : à mon avis la seule solution contre le crowdsourcing pervers c’est l’éducation. La sensibilisation a la culture du graphisme. C’est d’ailleurs comme ça que j’interprète la reflexion de Jean-Louis Fréchin : « De toute façon, la France n’est pas un pays de graphistes. Quand on aura compris ça… ». Kiss. Love.

      • Nous sommes d’accord sur l’aspect éducatif dans ce cas Pour Fréchin par contre, il s’est montré acerbe à plusieurs reprises à l’égard des graphistes présents et de leurs prises de positions, donc j’ai du mal à cerner réellement son opinion pour ma part.